Notes d’allocution de

Louise Bradley
Présidente-directrice générale
Commission de la santé mentale du Canada

Congrès du société canadienne de psychologie

Toronto, ON
Le 9 juin 2017

J’aimerais tout d’abord souligner que nous nous trouvons sur le territoire traditionnel des Haudenosaunee, des Métis et plus récemment de la Première Nation mississauga de New Credit.

Je souhaite également rendre hommage aux Aînés, passés et présents, et reconnaître la force, la résilience et la capacité des peuples autochtones qui occupent ces terres.

Le fait d’accepter le prix pour réalisation humanitaire de la Société canadienne de psychologie en 2017 est un honneur sans pareil.

Cela revêt une grande importance pour moi en raison du profond respect que j’éprouve pour la profession de psychologue.

J’ai développé ce respect de deux façons : au cours de mes nombreuses années de pratique en tant qu’infirmière en santé mentale  et par une expérience personnelle qui m’a marquée et que je partagerai avec vous un peu plus tard.

Comprenez-moi bien. Le respect que je porte aux psychologues et mes liens d’amitié avec certains d’entre vous ne me facilitent pas la tâche aujourd’hui.  En fait, c’est tout le contraire. Devant cet auditoire impressionnant, je me sens à la fois humble et incroyablement chanceuse. Mais puisque vous êtes psychologues, je vais faire appel à votre compréhension et à votre empathie en vous avouant qu’il est intimidant de se trouver sur cette scène devant vous. 

Alors, je prends une grande respiration et je me lance. J’espère que vous me donnerez votre attention pendant une trentaine de minutes tandis que j’examine les progrès que nous avons réalisés ensemble afin de faire avancer la santé mentale. Plus important encore, je veux parler des défis propres à ceux et celles qui fournissent des soins aux gens dans le besoin dans un système qui est fondamentalement brisé. 

Je veux aussi parler de l’importance de maintenir une bonne santé mentale chez les fournisseurs de soins à la lumière de ces nombreux défis.

Mais commençons sur une note positive. Cette année, la CSMC célèbre ses 10 ans. J’ai le privilège d’y travailler depuis le début.

Au cours des deux premières années, j’ai siégé au comité consultatif sur les services du système, qui était présidé par Steve Lurie. Ensuite, ils ont eu l’excellente idée de m’embaucher comme chef de l’exploitation, qui est devenu un poste de PDG 18 mois plus tard.  Plusieurs d’entre vous vous souviendrez qu’à l’époque le Canada était le seul pays membre du G8 sans stratégie nationale en santé mentale.

Changer les orientations, changer des vies est devenu la stratégie définitive en matière de santé mentale pour le Canada. Nous devrions tous être très fiers de ce document.

Nous avons mis quatre ans à la rédiger, après avoir écouté et intégré les points de vue de milliers de personnes au Canada.  Plusieurs d’entre vous y ont contribué. 

En rétrospective, vu la taille de notre pays et les besoins disparates de sa population, nous avions besoin de quatre années de consultations.

Lorsqu’elle a été publiée en 2012, la stratégie a reçu des éloges à l’échelle nationale et internationale comme plan complet vers de grandes améliorations dans la prestation de soins de santé mentale au Canada.

Cela dit, cinq ans plus tard, le Canada demeure le pays qui consacre le moins d’argent à la santé mentale dans le monde développé.  Même si nous accusons un retard par rapport à nos homologues, comme le démontre la Stratégie, il est tout à fait possible de les rattraper.

C’est pourquoi je me réjouis de la décision du gouvernement fédéral d’associer certaines dépenses à la santé mentale dans l’accord sur la santé.

Ces fonds sont une occasion historique de combler le fossé dans l’accès aux services.  Nous avons enfin réuni les conditions gagnantes dans un éditorial publié dans The Hill Times, soit l’intérêt public, la volonté politique et la poussée stratégique. 

C’est seulement en présence de ces trois forces que nous pouvons passer de l’enthousiasme à des réalisations concrètes.  

En tant que professionnels qui consacrent nos vies à la promotion de la santé mentale et au traitement de la maladie mentale, nous convenons tous que nous ne devrions pas être limités par un système de soins dépassé.

Parce que je sais si bien ce que cette aide permet de faire, je suis prise au dépourvue chaque fois que j’entends parler de gens qui sont incapables d’obtenir un traitement pour leurs maladies ou problèmes associés à la santé mentale.

Récemment, j’ai lui un article de Chad Pelly dans The Overcast, une publication alternative de Terre-Neuve. Je vous encourage à le lire parce que c’est l’une des évaluations les plus justes des défis qui sont présents dans notre système à l’heure actuelle. 

Il mentionne que notre système de santé mentale est en si mauvais était qu’il faut pratiquement être dans un état irrécupérable pour obtenir de l’aide. Il explique par ailleurs que c’est tout le contraire de l’approche préconisée en médecine physique, qui nous incite à aller consulter notre médecin pour une coupure plutôt que d’attendre que la plaie s’infecte.

À la Commission, nous entretenons d’étroites relations de travail avec les provinces et les territoires et même si nous avons mis en place des stratégies de haut niveau, il reste des problèmes à régler sur le terrain.  Beaucoup de paroles; beaucoup de stratégies, mais peu de changement.

Les défis dont nous fait part notre groupe consultatif provincial et territorial n’ont rien de nouveau pour vous.  Des services inadéquats pour les jeunes, le manque de soins collaboratifs, le manque d’attention accordé aux déterminants sociaux, l’accès sur les soins actifs au détriment des soins préventifs. Et la liste continue.

L’efficacité des services psychologiques est démontrée et malgré cela, de nouvelles données recueillies par Santé mentale pour enfants Ontario révèlent que les jeunes ayant besoin de soins d’urgence en santé mentale attentent un an et demi avant de recevoir un traitement à certains endroits dans la province.

Nous ratons une occasion fondamentale d’intervenir hâtivement, ce qui, comme nous le savons, entraîne de meilleurs résultats.  Au Canada, on estime que 1,2 million d’enfants et de jeunes sont aux prises avec une maladie ou un problème associé à la santé mentale. Pourtant, moins de 20 % reçoivent l’aide dont ils ont besoin.

Ces statistiques sont inacceptables et parce qu’elles me touchent d’une façon très personnelle, je suis chamboulée chaque fois que je les entends. 

Aussi fière que je puisse être de mes racines terre-neuviennes, mon enfance ne ressemblait en rien aux belles annonces touristiques dans lesquelles les enfants jouent dans l’eau et courent dans les prairies. Comme s’il faisait toujours soleil et ne pleuvait jamais à Terre-Neuve.

Eh bien, parfois, il pleut. Même sur la majestueuse île de Terre-Neuve, ce ne sont pas tous les enfants qui connaissent une enfance idyllique.

Nous étions pauvres et j’ai fait le tour d’un système de familles d’accueil complètement inadéquat.  Ce n’est que beaucoup plus tard dans la vie que j’ai réalisé que ces expériences négatives durant ma jeunesse ont créé un traumatisme, un mot et un concept dont je ne connaissais rien enfant. 

À 12 ans, j’étais en très mauvais état. Je me suis retrouvée à l’hôpital et j’étais suivie par un psychiatre extraordinaire.

À l’époque, j’étais certaine qu’il s’agissait d’un magicien. Sinon, comment aurait-il pu deviner que je devais être placée dans une autre famille?  Je lui ai dit que cela était merveilleux, mais il m’a vue venir de loin.  J’ai eu de la chance. John Williams était un psychiatre pour enfants gentil et doué qui m’a apporté une aide précieuse.

Je croyais qu’à mon congé, quelqu’un ferait un suivi. Hélas non. Il n’y avait personne. Malgré les excellents soins que j’ai reçus, un traitement isolé donné à l’écart des services et des programmes de soutien plus vastes ne peut pas faire de miracles.

C’est pourquoi je me réjouis chaque fois que j’entends parler de programmes communautaires sur le bien-être des enfants qui tiennent compte de leur situation et qui fournissent un soutien non seulement aux enfants, mais aussi à leurs parents.

Par exemple, le programme d’intervention précoce Partir d’un bon pas pour un avenir meilleur en Ontario permet de réaliser des économies de près de 25 % par services financés par personne. Puisque ces économies sont attribuables à la réduction du nombre de visites chez le médecin ainsi que des coûts d'assistance sociale et d’éducation, elles viennent stimuler l’économie et placent les enfants sur la voie de la réussite.

Il y a aussi l’institut Strongest Families de la Nouvelle-Écosse, un programme primé d’encadrement à distance fondée sur des données probantes dont les enfants et les familles peuvent se servir chez eux, dans leur intimité.

Ainsi, il y a des éclaircies.

Revenons maintenant à l’article fort bien rédigé de M. Pelly dans The Overcast, dans lequel il affirme que nous faisons très peu pour préserver la santé des gens qui ont une bonne santé mentale.  Il décrit notre approche en disant que nous plaçons de plus en plus d’ambulances dans le bas du précipice où tombent les gens au lieu de construire une clôture tout en haut, en offrant des services plus nombreux et plus diversifiés.

Tant que l’accès aux services et au financement en santé mentale ne sera pas égal à ceux des maladies physiques, la partie ne sera pas gagnée. Dans An Imperative for Change, rapport préparé par la SCP, les auteurs qualifient la prestation des services de santé mentale au Canada de crise silencieuse.

Fort heureusement, les gens commencent à prendre la parole.

Bon nombre d’entre vous connaissent l’histoire déchirante de Lisa O’Connor. Cette mère de deux enfants en Colombie-Britannique se bat avec courage et outrage contre la disparité entre l’accès aux soins de santé physiques et l’accès aux soins de santé mentale.

Sa fille de 16 ans, Kiera, est atteinte d’une forme rare de la maladie de Hodgkin. Sa fille de 14 ans, Kylie, est aux prises avec une dépression clinique et un trouble obsessionnel compulsif.

Kierra a été traitée rapidement après avoir reçu son diagnostic de cancer. Kylie n’a toujours pas reçu d’aide. La famille est confrontée à d’innombrables impasses et à des listes d’attentes d’une année ou plus. Elle envisage de faire soigner Kylie dans une autre province même si cela implique une séparation.

Dans une entrevue récente, Mme O’Connor affirmait que si elle pouvait choisir la maladie de ses enfants, elle préférerait le cancer à la maladie mentale.

Les parents ne devraient jamais avoir à faire un tel choix. 

Beaucoup trop de jeunes tombent entre les mailles du filet. Et pour ceux qui réussissent à obtenir les services dont ils ont besoin, la transition obligatoire vers le système pour adultes est éprouvante dans le meilleur des cas, impossible dans les pires scénarios. 

Nous devons créer un continuum de soins pour les adultes émergents, soit les jeunes de 16 à 25 ans, et concevoir des services en fonction de l’étape de développement et non pas seulement de l’âge chronologique.

Malheureusement, les jeunes ne sont qu’une des nombreuses populations mal desservies dans un système surchargé.  Qu’en est-il des groupes marginalisés et des nouveaux arrivants au Canada qui ne comprennent pas bien la langue?

Aussi insurmontables que ces défis puissent paraître, la Commission travaille avec acharnement pour combler ces écarts.  Je suis extrêmement fière de nos efforts pour faire la lumière sur les populations vulnérables comme les immigrants, les réfugiés, les groupes ethnoculturels et racialisés qui doivent relever un défi après l’autre pour obtenir des soins de santé mentale.

En réalité, nous ne pouvons pas prétendre que les approches qui font abstraction de la couleur et de la culture en matière de soins sont acceptables lorsque la recherche montre qu’elles produisent des résultats inférieurs.

En supposant que tous les gens ont les mêmes besoins en santé mentale, sans égard à la culture, aux antécédents ou à la langue, on offre en fait des soins inefficaces à tous.

Mon expérience en tant que femme caucasienne née au Canada et qui a fait des études n’est pas la même que celle d’une femme qui vient d’arriver au Canada, qui vit sous le seuil de la pauvreté tandis qu’elle cherche du travail, s’occupe de sa famille et se s’inquiète pour ses proches dans son pays d’origine.

Si j’ai besoin de soins de santé mentale, je peux demander une recommandation à mon médecin, pendre un congé payé du travail, me rendre en voiture à mon rendez-vous et utiliser ma couverture d’assurance pour payer une partie de ma visite chez le psychologue.

Puisque j’ai les moyens, je payerai les dépenses qui ne sont pas couvertes par mes assurances et je les verrai comme un investissement qui en vaut le coup.

Voyons maintenant ce qu’il en est pour mon homologue fictive.  Appellelons-la Amena. Nombreux sont les obstacles qui l’empêchent de trouver des services de santé mentale. Elle n’a peut-être pas de médecin de famille qui peut lui donner une recommandation, elle n’a peut-être pas accès à un service de garde ni à un moyen de transport abordable et elle pourrait subir de la stigmatisation de la part de sa famille et de sa communauté.

Supposons qu’elle trouve un fournisseur de soins. Puisqu’elle n’a pas d’assurance, elle devra probablement attendre de 3 à 18 mois pour obtenir un rendez-vous.

Même si Amena trouve un service de garde et un moyen de transport et qu’elle peut se rendre à son rendez-vous, il n’est pas certain que des services d’interprétation seront offerts ou qu’elle aura accès à un fournisseur de soins qui est en mesure de lui offrir des soins adaptés à sa culture.

Ensemble, nous devons travailler plus fort pour fournir des services qui tiennent compte des déterminants de la santé.

Si le système de santé mentale ne traite pas de l’inégalité sociale et de la pauvreté, le temps et les ressources seront gaspillés et les résultats diminués.   

Le Canada est reconnu comme un refuge sûr et une mosaïque culturelle. Un pays où les gens peuvent travailler fort, bien vivre et offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

Malheureusement, il s’agit plus d’un conte de fées que de la réalité.

Nous savons qu’au Canada, la pauvreté est concentrée de façon disproportionnée dans les communautés racialisées.  Par exemple, à Toronto, de 1980 à 2000, le nombre de familles racialisées vivant dans la pauvreté a augmenté de plus de 350 %.

Depuis la création de la Commission de la santé mentale en 2007, le Canada a accueilli environ 3 millions de nouveaux arrivants.  Certains sont des réfugiés, mais tous sont venus ici en croyant dur comme fer que ce pays leur offrirait espoir, possibilité et sécurité. 

Si nous voulons que notre pays fleurisse, nous devons tenir compte des besoins des immigrants, des réfugiés et des groupes ethnoculturels et racialisés en fonction de leur culture, de leurs antécédents, de leur langue, de leur religion et de leurs expériences.

Nous ne pouvons pas seulement traiter les maladies, nous devons soutenir les gens.

Nous devons bien réfléchir et comprendre pourquoi notre système de santé mentale boiteux échoue de façon spectaculaire lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins de certaines populations. 

Ce n’est pas facile. Pour ce faire, nous devons examiner de près certaines vérités troublantes.  Que cela vous plaise ou non, la vérité est que nous avons un système de santé mentale à plusieurs vitesses.  Je pourrais soutenir qu’il n’y a pas de système de santé mentale unique au Canada.

Cela fait en sorte qu’il est difficile de recueillir des données, de mesurer l’efficacité et d’accroître la responsabilisation. En bref, il est difficile de savoir que les bons services sont offerts aux bonnes personnes aux bons endroits.

Nous avons besoin d’une perspective d’ensemble qui tient compte des déterminants de la santé mentale, et non pas seulement de l’incidence de la maladie mentale, et qui intègre des communautés diversifiées dans la co-création de services et de solutions.

Cela est évident dans les communautés autochtones de notre pays.

En acceptant cet honneur, je dois avouer que je me sens encore plus humble en raison de l’immense respect que je porte au lauréat de l’an dernier, le sénateur Murray Sinclair. Grâce aux ponts de réconciliation qu’il tend, il aide notre pays à se remettre d’un grand nombre de traumatismes.

Pour sa part, la Commission a fait équipe avec Réconciliation Canada afin d’organiser des dialogues pour l’ensemble de ses employés, les membres de son conseil d’administration et de son équipe de direction.  L’un des faits les plus incontestables que je retiens de cette expérience est le classement du Canada sur l’échelle de développement humain des Nations Unies.

Si nous étions évalués strictement en fonction du bien-être économique et social des peuples autochtones, notre classement prendrait un coup dur. Nous passerions de notre 10e place habituelle au 48e rang sur 174 pays. De plus, des 100 communautés qui se trouvent au bas de l’échelle du bien-être communautaire, 96 sont issues des Premières Nations.

En date du 31 janvier 2017, il y avait 96 avis sur la qualité de l’eau potable à long terme dans 77 communautés des Premières Nations.  Cela signifie que les avis sont en vigueur depuis plus d’un an.

Imaginez les protestations si les résidents de Toronto n’avaient pas d’eau potable depuis 12 mois... Nous ne pouvons pas accepter des conditions de vie inférieures chez les peuples autochtones comme était l’ordre des choses.

La pauvreté, la mortalité infantile, la violence sexuelle, l’incarcération et le suicide sont beaucoup plus élevés chez les Autochtones que dans tout autre secteur de la société canadienne. 

En bref, comment peut-on atteindre un état de bien-être mental en l’absence de sécurité alimentaire, d’eau potable, d’un logement adéquat et d’une éducation?

La réponse ne consiste pas à imposer la perspective d’un monde sur une autre. 

Elle signifie plutôt que nous devons nous rejoindre là où nous nous trouvons sur le plan physique, culturel et linguistique. 

Alors maintenant que mon trac initial est passé, je vais vous raconter mon expérience personnelle avec la psychologie.

Je tiens à mentionner que je ne suis pas seule parmi les fournisseurs de soins de santé à hésiter à parler de ma propre expérience.

Le travail que nous faisons à la CSMC autour de la stigmatisation et des fournisseurs de soins de santé nous montre que la divulgation est l’obstacle le plus important pour ceux qui veulent obtenir un traitement pour des problèmes de santé mentale.

Lorsque je faisais ma maîtrise en soins infirmiers à Boston, ma meilleure amie de longue date, Mar-Cha, est décédée par suicide.

Je me suis effondrée.  Je n’avais pas les moyens de me payer un billet d’avion, alors j’ai fait l’aller-retour en voiture entre Boston et le Nouveau-Brunswick. 

Chaque fois que je faisais un arrêt, je fondais en sanglots. Reprends-toi, je me disais. Tu peux te rendre jusqu’à la prochaine station Shell. Alors c’est ce que j’ai fait. J’ai conduit et j’ai pleuré, encore et encore.

J’étais bouleversée et accablée par le deuil. Et j’étais convaincue que je n’avais pas besoin d’aide professionnelle.

Après tout, je travaillais en santé mentale. Je connaissais les signes et les symptômes de la maladie mentale et lorsque je me regardais dans le miroir, je me disais : «Tu peux régler ça. Tu es forte. Tu es celle qui aide les gens alors tu n’as pas besoin d’aide. »

Je ne voulais pas admettre que je voyais que certains de mes propres patients vivaient des choses similaires à moi, car je ne comprenais pas encore entièrement la complexité du rétablissement en maladie mentale. 

Dans mon for intérieur, je croyais que les personnes aux prises avec la maladie mentale, c’était les «autres». 

Assurément, je voulais les aider.

Assurément, je voulais leur montrer de la compassion.

Mais je ne voulais surtout pas être l’une d’entre « eux ».

Lorsque la doyenne m’a conseillé de consulter, je lui ai dit que je m’en sortirais toute seule. Elle m’a répondu que ce n’était pas une suggestion.

Alors j’ai accepté et cette expérience a changé le cours de ma vie.

Le parcours n’a pas été facile.  Le deuil profond et la culpabilité causés par cette perte ont fait ressortir toute la douleur de mon enfance que j’avais mise de côté sans jamais la régler.

Ce processus a été long et douloureux, mais il a fait de moi une meilleure personne, une meilleure infirmière et au bout du compte, une dirigeante plus avisée et plus compatissante.

Mon rôle de direction à la CSMC m’a fait comprendre que le paysage changeant de la santé mentale au Canada exige que chacun fasse sa part. Nous devons bâtir des ponts, combler des écarts, défendre la cause, amplifier le message et nous soutenir mutuellement dans ce travail.

Nous devons emprunter une approche progressive.  Certaines personnes au Canada reçoivent un traitement pharmacologique alors qu’elles souhaitent obtenir des services psychologiques, mais elles n’y ont tout simplement pas accès.

Dans le même ordre d’idées, nous devons faire en sorte que les gens aient accès au soutien par les pairs, à des services sociaux et à du counseling lorsque les soins spécialisés d’un psychologue seraient plus utiles ailleurs.

La CSMC a récemment organisé une table ronde pour examiner les considérations politiques de l’amélioration de l’accès à la psychothérapie et aux services psychologiques.

Nous avons vite compris qu’il n’y avait pas qu’une seule bonne façon de faire.  Cela dit, nous devons agir sans tarder. En 2001, environ 80 % des consultations avec des psychologues ont eu lieu dans le système privé.  Nous savons que les personnes qui ont un emploi stable et bien rémunéré ont généralement les meilleurs régimes d’assurance.  Ironiquement, ce sont les personnes à faible revenu, qui sont beaucoup plus susceptibles d’avoir une santé mentale mauvaise ou passable, qui ont le moins accès aux services.

Même si tous les régimes privés emboîtaient le pas aux employeurs comme Starbucks et Manuvie, une importante proportion de la population canadienne aurait toujours un accès limité, voire inexistant, aux services de counseling, de psychothérapie et de psychologie.

Ainsi, nous devons faire appel aux fournisseurs qui pratiquent à l’extérieur du système public. Nous n’avons pas le choix. Les modèles en ce sens varient. L’expérience internationale au Royaume-Uni et en Australie nous donne une bonne idée de ce qui pourrait bien fonctionner au Canada.

Cela ne serait pas seulement avantageux pour des populations précises. Un système de soins équitable et axé sur le rétablissement avec des services psychologiques publics nous permettrait de répondre d’une façon plus souple et plus adaptée aux besoins de l’ensemble de la population au Canada.

Je suis très reconnaissante envers Judy Clementson, ma psychologue à Boston.

J’aurais aimé avoir accès à ce type de soins et de mentorat beaucoup plus tôt.

Mon plus grand souhait est que chaque personne au Canada ait accès au bon service, au bon endroit et au bon moment.

Nous avons une stratégie en matière de santé mentale, que nous avons conçue ensemble. Nous avons le financement si nécessaire.  Le temps est maintenant venu de passer à l’action. 

Il n’y a pas de limite à ce que nous pouvons réaliser ensemble. L’impact de nos efforts individuels entraînera des améliorations cumulatives. 

Chaque fois que j’ai dépassé mes propres attentes dans la vie, c’est grâce aux gens qui m’ont aidée en cours de route, certains de façon ponctuelle, d’autres à long terme, parce qu’ils ont pris le temps de nourrir l’espoir et la résilience qui sommeillent en chacun de nous.

Les services psychologiques m’ont fait comprendre qu’il est possible de surmonter les obstacles. Nous pouvons les franchir et transformer notre vie.

C’est grâce aux personnes qui m’ont guidée que je me trouve aujourd’hui devant vous. 

Elles m’ont fait comprendre que ma voix mérite d’être entendue et que j’ai quelque chose d’important à dire.

Il n’y a pas de plus beau cadeau.

Merci!

Thank you.

Meegwetch.