Louise Bradley

Ce n’est pas rare qu’un joueur de football souffrant d’une entorse ou d’un ligament déchiré s’élance sur le terrain comme si de rien n’était. Hors de question d’arrêter de jouer en raison d’une blessure : il serre les dents et s’efforce de sauver les apparences. Dans un tel contexte, la perspective de rester à l’écart du jeu en raison d’un problème de santé mentale est tout aussi inconcevable.

Parlez-en au défenseur de deuxième ligne de la ligue canadienne de football Shea Emry. Au cours de ses deux épisodes de dépression grave, Emry a continué d’évoluer comme si de rien n’était. En fait, il a tenu sa maladie secrète pendant longtemps. Il ne s’est confié à personne, même pas à son meilleur ami qui le connaît sous toutes ses coutures et qui a célébré avec lui deux victoires de la Coupe Grey.

Le géant d’un mètre quatre-vingt et de 106 kilos craignait de passer pour un faible. « Moi-même, je me considérais comme un faible », avoue-t-il.

Ce préjugé tenace exige que l’on s’y attaque de front en tant que société. Au pays, un homme sur cinq éprouvera un problème de santé mentale cette année. C’est donc dire que des joueurs de football ou de hockey seront touchés, tout comme l’a été Emry. À l’instar d’ailleurs de pompiers, d’enseignants, de dirigeants et d’autres professionnels.

La crainte des préjugés est le lot des hommes et des femmes. À l’apparition de symptômes d’une maladie mentale, les hommes sont cependant beaucoup moins enclins à consulter. Ils considèrent que demander de l’aide est un signe de faiblesse. Si cette mentalité ne change pas, les hommes souffriront en silence encore longtemps. 

Des 3 750 Canadiens qui s’enlèvent la vie chaque année, près de 3 000 sont des hommes. La plupart étaient atteints de dépression ou d’un autre trouble mental au moment de leur décès.

De nombreux hommes s’efforcent de projeter une impression de solidité au moment d’un deuil, d’une rupture, de la perte d’un emploi ou d’une autre situation éprouvante. Or, ils deviennent ainsi vulnérables à la dépression. 

Ce mois-ci, des milliers d’hommes du pays arborent fièrement la moustache en appui au mouvement Movember. À l’origine, le mouvement d’ampleur mondiale avait pour objectif d’accroître la sensibilisation à propos du cancer de la prostate et d’amasser des fonds pour défendre cette cause. En 2012, son mandat s’est élargi pour englober la santé mentale au masculin. Au vu du lien inextricable entre la santé physique et le bien-être mental, Movember offre à tous les Canadiens la possibilité d’aborder ces sujets importants – et difficiles pour certains — avec la famille, les amis et les proches.

Movember a investi les sommes amassées l’an dernier dans divers projets de promotion de la santé mentale des hommes au Canada. Ces projets portent notamment sur l’accès aux services de soutien en santé mentale, sur la santé mentale des garçons et des hommes des Premières nations et sur les défis que pose la retraite pour l’homme.

Personne, homme ou femme, n’est à l’abri de la maladie mentale. La sensibilisation, la prévention et l’intervention hâtive peuvent changer la vie d’innombrables personnes. Parler de ses sentiments et de ses émotions – s’abandonner à cette vulnérabilité – n’est pas un signe de faiblesse, mais bien la marque d’une réelle force.

L’éradication de la stigmatisation associée à la maladie mentale, qui naît bien souvent de la crainte, de la méconnaissance et du malentendu, est une question intimement liée à celle de la santé mentale. Nous savons qu’il nous faut adopter une démarche particulière pour transmettre ce message aux hommes, une démarche qui correspond à leurs besoins. Par exemple, si nous souhaitons être entendus des hommes d’âge mûr, nous devons engager cette conversation avec eux et leur offrir les outils sans passer par des intermédiaires – et, pour le moment, ça ne peut pas être cantonné seulement au cabinet du médecin. La Commission de la santé mentale du Canada a entrepris de nombreux projets axés sur la maladie mentale, laquelle a des répercussions non seulement sur la personne malade mais également sur ses proches. Parmi ces initiatives figurent des projets centrés sur les hommes de tous les milieux, de tous les horizons.

Ensemble, il est de notre devoir de veiller à la santé mentale de notre famille, de nos amis, de nos voisins et de nos collègues. Participer au mouvement Movember est un excellent moyen d’emboîter le pas. Movember est l’occasion parfaite de rappeler aux hommes de notre vie que, si porter la moustache selon les règles de Movember demande du cran, oser exprimer ses sentiments nécessite bien du courage.

Pour notre joueur de football, c’est une conversation avec sa mère qui l’a encouragé à se confier, à parler de sa dépression et à emprunter la voie du rétablissement.

Comment ont réagi ses co-équipiers?

« Plusieurs m’ont remercié et se sont mis à parler de leur propre combat contre la dépression ou l’anxiété, explique-t-il. Je me suis rendu compte que le fait de raconter mon histoire a donné à d’autres le courage d’en faire autant. Il faut continuer d’en parler. »

Pour plus de renseignements sur Movember, consultez Movember.com.

Pour en savoir plus sur la Commission de la santé mentale du Canada, rendez-vous à www.commissionsantementale.ca.

Présidente-directrice générale de la Commission de la santé mentale du Canada, Louise Bradley a exercé diverses fonctions dans le milieu de la santé un peu partout au pays. Que ce soit dans les services infirmiers de première ligne, la médecine judiciaire, les services correctionnels, la recherche, l’enseignement ou l’administration de grands établissements de santé, elle a œuvré dans le domaine de la santé mentale à tous les échelons jusqu’aux plus hautes sphères administratives. Au fil de sa carrière, elle a rencontré des centaines de Canadiens affligés d’un trouble mental. Leur témoignage constitue sa source d’inspiration dans son entreprise de transformation durable des soins et des services de santé mentale au pays.

Shea Emry poursuit sa mission d’éradication de la stigmatisation rattachée à la souffrance et à la maladie mentale. Il a raconté son histoire à des dizaines de milliers de jeunes et à des professionnels. Il est devenu le porte-parole de la campagne de santé mentale au masculin de Movember, la campagne MOVE; on lui a rendu hommage au gala 2013 des joueurs par excellence Gibson’s Finest de la LCF à Regina en lui décernant le trophée des anciens combattants Jake-Gaudaur remis à des joueurs de la LCF en reconnaissance de leur contribution exceptionnelle à l’action communautaire.